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vendredi 5 janvier 2007

Les débuts de son homosexualité


"J'avais dix-sept ans, et je savais bien que je prennais un risque à fréquenter ce square situé entre le lycée et la maison familiale. Nous nous y retrouvions avec quelques camarades à la fin des cours; Pour bavarder entre nous. Pour attendre aussi l'inconnu qui saurait nous séduire. Ce jour là, dans les bras d'un voleur, j'ai senti ma montre quitter mon poigné. J'ai crié. Il s'était déjà enfui. J'ignorais que cet incident banal allait faire basculer ma vie et l'anéantir."

Les débuts de son homosexualité et ses premières souffrances.
D'une famille bourgeoise comme les autres, Pierre Seel, jeune alsacien, très croyant et de bonne famille, va voir sa vie basculer irréversiblement. Lors du vol de sa montre, il se rend au commisariat de police pour le signaler. Au fur et a mesure des questions de l'officier, il comprend qu'il est en train d'avouer son homosexualité. Il sera fiché comme tel dans les dossiers de Police (qui notait tous les homosexuels). Lorsque les Nazis arrivèrent en France, tous les renseignements qu'ils souhaitaient se trouvaient sagement enregistrés.
D'après ce personnage, son homosexualité est une chose "ancrée" depuis l'enfance. Il expose dans son livre "Moi Pierre Seel, déporté homosexuel", certaines anecdotes. Par exemple, ayant 10 ans, il se fait sévérement réprimander pour avoir essayer de communiquer avec une petite fille. "Je dus me confirmer dans l'idée qu'il était interdit d'avoir des élans spontannés de petit garçon vers petite fille. Qui sait si l'homosexualité ne provient pas aussi de la répétition d'incidents comme celui-ci ?" A la plage, il regardait les hommes nus quand ses frères ne le surveillaient pas. Il a été très difficile pour lui de s'avouer son homosexualité. Il a mis beaucoup de temps à l'accepter et à l'admettre. Ses frères aimaient se valoriser en parlant de filles dans l'intimité de leur chambre. Jeune garçon pieu, il confessa une masturbation en pensant à un garçon. Le prêtre lui refuse l'absolution mais en plus le harcèle de question; le résultat est que Pierre se voit comme un monstre, qu'il a extrémement honte du péché et qu'il est hanté par l'enfer. C'est a dix-sept ans qu'il décide de pratiquer son homosexualité. A Mulhouse se trouve une communauté homosexuel. Ceux sont seulement des échanges sexuels, aucunement amoureux, sans question d'argent, juste du plaisir. C'est alors qu'un jour il se fait voler sa montre. " Entré au commissariat en tant que citoyen volé, j'en ressortais homosexuel honteux. [...] J'ignorais que mon nom venait de s'inscrire dans le fichier de police des homosexuels de la ville et que trois ans plus tard, mes parents apprendraient ainsi mon homosexualité. Et surtout, comment imaginer que j'allais, à cause de cela, tomber dans les griffes des nazis ?"


Etude d'un passage.
"Jeune, je pris conscience que cette différence allait mettre une distance irrémédiable entre moi et mes proches. J'avais alors autour de quinze ans et la question de savoir alors comment le vivre, comment le devenir, était âpre. Je fus long à l'accepter et à l'admettre.
Je tentai bien de m'en ouvrir à mon confesseur. Mais je souffris des conséquences de mes audacieuses confidences. L'aveu d'un simple mastrubation faisait que le prêtre me refusait l'absolution. Cela me jetait des nuits entières dans la hantise de l'enfer et dans la honte du péché. Aiguisé par mes embarras d'adolescent, il poussait plus loin ses investigations, et la question du désir homosexuel surgissait tout naturellement. Il fouillait ainsi dans l'intimité de ma conscience avec le voyeurisme d'une caméra impudique. Provoquantes, ses questions enflammaient mon imagination ou avivaient les angoises. As-tu fais ceci ? En avais-tu envie ? Avec qui ? Comment ? Où ? Quand ? Combien de fois ? As-tu de la honte ou du plaisir ? Quand le harcèlement cessait, j'avais la conviction que je n'étais qu'un monstre.
Je fus longtemps prisonnier du cycle confession-communion, avec l'absolution érigée en barrière douanière entre l'aveu et l'hostie. Un oubli, une cachotterie, un détail en trop ou en moins et ma sensation de culpabilité décuplait. Mon adolescence fut marquée par cette inquiétude sans relâche qui m'isolait des autres. J'imaginais bien que ceux qui étaient plus résistant que moi s'en sortaient en esquivant ou en assumant de mentir. Etaient-ils pour autant indemnes spychologiquement ? Mon refus de mentir percutait de plein fouet cette volonté de savoir qui prennait plaisir à asservir des êtres jeunes et fragiles. Ma haine de tout trucage s'en est trouvée renforcée. Être contraint à mentir, la conscience en charpie, m'apparaît pire que tout. Ces douloureux moments de confessions obligée altérèrent gravement ma foi."

Ces confessions religieuses ont été les premiers touments de Pierre Seel concernant son homosexualité. La religion lui était primordiale. Il s'en senti très mal depuis lors et a refoulé son homosexualité jusqu'à ses dix-sept ans. Il a été très marqué par le voyeurisme de la religion à l'égard de la sexualité considérée comme contre-nature car ce passage reste un moment très clair de son adolescence. Il a vécu ces interrogatoires comme une atrocité, avant goût des multiples persécutions dont il sera la victime. Cependant, il explique un peu plus loin que "le confessional n'entendait plus la chronique de [ses] émotions. [Il] avait renoncé à évoquer le plaisir et l'amour à ces oreilles sélectives et dirigistes. [Il] pratiquait [son] homosexualité."

jeudi 4 janvier 2007

Schirmeck - Vorbrüch


A partir du moment où la guerre fut déclaré à Allemagne en 1939, les grands frères de Pierre Seel furent mobilisés les uns après les autres. La "drôle de guerre" commença alors... Tous étaient persuadés qu'un affrontement ne pourrait avoir lieu. Fort de leur récente victoire. L'alsace ne se rendait pas compte du danger qu'elle encourée, tant par la gourmandise et le désir de vengence du Reich. Cependant les juifs s'inquiètèrent d'avantage et commencèrent à quitter cette zone trop dangereuse par familles entières. Dans la vie sentimentale, beaucoup de choses avaient alors évolué. Il a alors rencontré un jeune homme, Jo, avec qui il a une relation très sensuelle, pleine de complicité et d'amour, soudée par une puissante confiance mutuelle... Mais c'est alors que la "drôle de guerre" cessa d'être drôle, car les Allemands, qui ont contournés la ligne Maginot par la Belgique, s'approprient victorieusement la ville de Mulhouse, avec leur harnachement impeccable et leur matériel flambant neuf. Peu après ce défilé triomphal, de longue files de prisonniers dut rejoindre le Rhin à pied, ils marchaient vers leur camp de prisonniers en territoire allemand. La défaite accomplie et le traité de Versailles déchiré, une partie de la France se retrouva sous la botte allemande. Les expulsions d'environ cent mille Alsaciens indésirables commencèrent. Le Français et les dialectes régionaux furent interdits, la cathédrale ferma, , l'évêque de Metz fut expulsé, les trois départements du Haut Rhin, du Bas Rhin, et de la Moselle furent brutalement annexés en violation de la convention d'armistice. L'Alsace était destinée a être "fondue" à la grande Allemagne. L'administration passe aux mains de deux compagnons de lutte du Führer. Himmler et Hitler souhaitait au plus haut niveau un traitement rapide de cette région. Ce jeune homme a donc dût interrompre ses études, malgré une passion pour le textile. Les rafles avaient commencé. Un jour, les SS
prirent toutes les personnes suspectées d'être juives, y compris l'un des apprentis qui travaillaient à la pâtisserie. Toutes les personnes arrêtées ce jour là étaient retenues dans la cours d'honneur de la sous préfecture. A travers les grilles, un spectacle d'horreur attendait les curieux. Les prisonniers étaient frappés avec violence par des coups de pieds et de cravaches des SS. L'occupant souhaitait par cela montrer qu'il avait tous les droits et qu'il ne comptait pas se déranger pour en profiter. Bientôt, de nouvelles infrastructures apparurent. Les jeunes sont tournés vers les Jeunesse Hitlériennes et portent la croix gammée. Les allemands s'emparèrent des fichiers de police.
" En s'emparant administrativement des zones occupées, les Allemands prirent connaissance du contenu des fichiers de police. Toute défaite territoriale oblige les autorités à préparer et a mettre à disposition du vainqueurs leurs documents au moment de la passation des pouvoirs. Mais la question se pose sur l'existence parfaitement illégale d'un fichier homosexuel. Depuis 1782, le code Napoléon ne sanctionnait plus l'homosexualité et les bûchers étaient éteints depuis plus longtemps encore. Vichy ne promulgua sa loi anti-homosexuelle qu'un 1942. Je n'avais pas encore connaissance du sort terrible infligé par les nazis aux homosexuels allemands depuis 1933. En Alsace, les rumeurs faisaient simplement état de conduite d'homosexuels à la frontière, vers la zone libre, vers Lyon ou Bourg-en-Bresse. [...] J'ignore si c'est par excès de zèle ou malveillance patente que les autorités françaises remirent ce ficher avec d'autres. La surveillance des homosexuels est une si vieille habitude policière que, vraisemblablement, personne ne songea à le faire disparaître. De plus, la soudaineté de l'invasion fut telle que, dans le désordre qui s'ensuivit, il ne fut sans doute pas très difficile de faire main basse sur un document comme celui-là, qui, comme en Allemagne, avait permis depuis déjà des années d'exercer de faciles chantages, d'opérer des arrestations, d'organiser des rafles, et d'obtenir des compléments d'information par la torture et l'internement arbitraire. J'étais bien loin d'imaginer ce qui se tramait dans les bureaux e la Gestapo. Je continuais d'aller à mes cours du soir, je fréquentais mon ami Jo et je retrouvais épisodiquement le même petit groupe dans le square Steinbach...."
Le sujet de notre étude, patriote, arrachaient avec d'autres les affiches allemandes pour les remplacer par des appels patriotiques à la résistance. Il rendait des services aux bourgeois homosexuels en postant des lettres, inconscient de la gravité de ses gestes. C'est dans des circonstances similaires que d'autres ont été arrêtés et déportés. Les réseaux de résistances se mettent alors peu à peu en place.
A ces dix-huit ans, sa mère lui annonça que la Gestapo était passé et qu'il était convoqué pour le lendemain. Ce n'était pas bon signe. Il s'y rendit tôt le matin, pour subir un interrogatoire très violent et humiliant... On lui demanda de dénoncer d'autres homosexuels. Ils avaient eu conscience de son homosexualité par la déposition du vol de sa montre, dans un endroit douteux. Une violence interminable commença. Pour refuser de signer un document, ils eurent leurs ongles arrachés, ils furent violer par des règles en bois brisés qui leur perforèrent les intestins. Cette violence a eu raison des dernières force des victimes, qui signèrent un document illisible, maculé de sang. Ils furent expédiés à la prison de Mulhouse, où les conditions "d'hébergement" étaient pire que tout. Un des frères de Pierre Seel, inquiet de sa disparition, appris à la Gestapo son homosexualité. C'est de cette façon que sa famille le découvrit. En mai 1941, il fut jeté dans un véhicule en direction du camp de Schirmeck, dans la vallée de la Bruche. A proportion de sa population, l'Alsace fut victime de sept fois plus d'arrestations et d'arrestations que le reste de la France. C'est ainsi que quelques semaines seulement après l'occupation, une douzaine de camps de transit, de rééducation, d'internement et de concentration apparurent en Alsace. Ces bâtiments étaient extrêmement bien gardés et surveillés, à tel point qu'il n'y eu qu'une seule évasion réussite, les autres étant ratées ou les fuyards rattrapés souvent au prix de leur vie. Pierre Seel fut rasé de telle sorte qu'on lui dessina une croix gammée sur le crane, et battu dans le but de vivre dans la terreur. Il eut droit ensuite à l'uniforme avec une barrette de couleur bleue sur sa vareuse et son calot. C'était le signalement des détenus, une codification assez difficile à décrypter. Bleu signifiait qu'il était catholique ou asocial. En Allemagne, les homosexuels étaient déjà marqué du triangle rose. Les triangles rouges signifiaient les opposants politiques, souvent des communistes. Les juifs avaient droit à l'étoile jaune, et les étoiles marrons correspondaient aux Tziganes. Ils étaient destinés à l'extermination. Il y eu également à ce camp des prêtres, des prostituées, des républicains espagnols, des déserteurs de l'armée allemande et des anciens déserteurs de la guerre e 14-18 immigrés sur le sol français, des trafiquants de marché noir insuffisamment collaborateurs, ou des aviateurs britaniques capturés sur le sol français. Ce n'est qu'au bout de deux ans que les journaux firent allusions à l'existence de ce camp, alors que quinze mille Alsaciens y passèrent en quatre ans. Dans cet endroit infâme, Pierre Seel ne fut pas épargné par les horreurs nazis, et dut exécuter toutes sortes d'ordres et tâches épuisantes, dangereuses ou ineptes. Les détenus sont nourris un minimum, juste assez pour ne pas mourir et travailler. La plupart devaient toutes la journée durant casser des rocs dans les carrières alentour et en remplir des wagonnets. Les berges allemands servaient de dissuasion très efficaces pour les empêcher de tenter une évasion. D'autres allaient travailler onze heure d'affilée à l'usine Marchal de Wacenbah. Tenter de communiquer étant très dangereux, c'est pourquoi chacun reste enfermé dans sa douleur et se tait... Les prisonniers ne devaient jamais marcher, toujours courir et se précipiter à la moindre vue d'un papier. Certains SS s'amusaient à en jeter près de la bande interdite. Ceux qui y allaient étaient abattus pour tentative d'évasion. Mais ceux qui refusaient d'obtempérer connaissaient le même sort pour refus d'obéissance. Il y avait des discours du chef de camp sur la puissance allemande et sur les idéaux qu'ils fallaient à tout prix respecter. Les hauts parleurs servaient de fond musical entrecoupé de messages demandant à certains détenus de se rendre à tel endroit. Ils demandaient alors si ce prisonnier n'avait rien a rajouter à sa déposition, et s'il n'avait pas d'information a fournir. Le délit sexuel considéré comme une horreur, Pierre Seel fut totalement mis a l'écart des petits réseaux de solidarité qui se formaient. Il était un des plus jeunes du camp et craignait de devenir le "souffre-douleur". Il s'efforçait donc de se faire oublier à tout prix. L'hygiène dans le camp se résumait à un mince filet d'eau glacé, et la vermine avait attaqué la literie Beaucoup moururent d'infections de plaies. Le sujet de notre étude souffris rapidement de dysenterie et de rhumatisme aigus aux mains, ainsi qu'aux jambes et au ventre. Il était également sujet à des monstruosités expérimentales. Elles constituaient généralement des piqûres très douloureuses aux tétons. Les infirmiers s'amusaient à faire les injections en lançant les seringues comme des fléchettes à la foire. La faim était atroce, soigneusement entretenu par les geôliers, et fut la source de nombreuses querelles. Le chantage pouvait se faire par des mets délicieux qu'il pourrait avoir à condition de donner des renseignements. La faim rendait fou certains d'entre eux. " Le dimanche était le jour d'un autre supplice. Pendant que nous nous activions, les SS dressaient devant leur chalet des tables qu'ils couvraient de victuailles. Les odeurs du festin parvenaient jusqu'à nous et nous donnait le vertige." Les camps de concentrations étant tous pleins, Himmler eu l'idée de construire un camp de concentration dans la montagne. Les détenus furent contraints de construire un four crématoire. Après des mois, tous les détenus furent convoqués pour une mise à mort. " Au centre du carré que nous formions, on amena, encadré par deux SS, un jeune homme. Horrifié, je reconnus Jo, mon tendre ami de dix-huit ans. Je ne l'avais pas aperçu auparavant dans le camp. Etait-il arrivé avant ou après moi ? Nous ne nous étions pas vus dans les quelques jours qui avaient précédé ma convocation à la Gestapo. J'avais prié pour qu'il ait échappé à leur rafles, à leurs listes, à leurs humiliations. Et il était là, sous mes yeux impuissants qui s'embuèrent de larmes. Il n'avait pas, comme moi, porté des plis dangereux, arraché des affiches ou signé des procès verbaux. Et pourtant il avait été pris, et il allait mourir. Ainsi donc les listes étaient bien complètes [...] Puis les hauts parleurs diffusèrent une brillante musique classique tandis que les SS le mettait nu. Puis ils lui enfoncèrent violemment sur la tête un seau en fer blanc. Ils lâchèrent sur lui les féroces chiens de garde du camp, des bergers allemands qui le mordirent d'abord au bas du ventre et aux cuisses avant de le dévorer sous mes yeux. Ses hurlements de douleurs étaient amplifiés et distordus par le seau sous lequel sa tête demeurait prise. Raide et chancelant, les yeux écarquillés par tant d'horreur, des larmes coulant sur mes joues, je priai ardemment pour qu'il perde très vite connaissance."
Ce douloureux moment a été un des plus fort de Pierre Seel. Toute sa vie ce souvenir l'a suivit. Cela a été un véritable choc pour lui. De plus, il fut vraiment choqué que sur les centaines de personnes présentes, ils se taisent encore aujourd'hui et cachent se qu'il s'est vraiment passé dans les camps de concentration. La mort de son amour a été un traumatisme dont il parlait encore dans une interview qu'il a réalisé une année avant sa mort.

mercredi 3 janvier 2007

Direction Smolensk


Novembre 1941. Les atrocités continuaient tranquillement, programmées au bon vouloir des SS. Une seule pensée permettait de ne pas devenir fou et trouver la force de se battre, c'était l'espoir de rentrer chez eux, ceux qu'ils aiment, retrouver un lit, rentrer chez eux... Un jour, Pierre Seel se fit convoqué à la Kommandantur, bureau du chef de camp. Celui ci lui fit un discours cérémonieux, le ton grave. Il lui expliqua que compte tenu de sa bonne conduite, il avait le droit de quitter le camp. Il pouvait être alors un citoyen à part entière. Une dernière formalité, le chef lui fit signé un document frappé de l'aigle allemand, avec ordre de ne rien dire de tout ce qu'il avait put voir ou entendre, car sinon il reviendrait très rapidement entre les barbelés de l'enfer. Pierre signa sans lire, comme il devait le faire. Il put sortir alors par la porte réservé aux hommes dignes du Reich, avec de quoi prendre le train pour Mulhouse. Arrivé chez lui, la famille s'aligna à l'attitude de son père. Pas un mot, pas une question sur ce qui avait bien put se passer. C'était comme si tout cela n'avait pas existé. Il retrouva sa chambre et son confort, mais le changement fut très brutal. Il fut pris d'énormes fringales, et ne pouvait dormir dans un lit. Les médecins vinrent soigner sa dysenterie. Il devait alors pointer tous les jours à la Gestapo. A par cela, il passait son temps enfermé dans sa chambre, sans parler. Quatre mois se déroulèrent ainsi. Cependant, l'Allemagne s'attaquait à l'URSS et avait besoin d'homme. Il fut donc obligé d'aller au front, sous uniforme allemand. Durant trois années, il parcourut l'Europe en tous sens. Il fut ordonnace d'un officier allemand duquel il s'occupait. On lui apprit à se servir d'une arme, afin de le former pour la guerre. Il alla en Autriche, puis près de la frontière Hollandaise. Après cette préparation à la guerre, il retourna quelques jours chez lui, avant d'être à nouveau convoqué pour la guerre. Sa destination était la Yougoslavie; qui envahit depuis un an et demi, résistée plus que jamais. Il dut alors tuer femmes et enfants, sous les ordres, afin de punir les résistants qui se cachaient dans les montagnes. Un jour, il rencontra un partisan au détour d'un chemin escarpé. Ce fut Pierre Seel qui sorti vivant, mais avec une fracture à la mâchoire qui lui permit de ne pas retourner directement en première ligne. Sans qualification précise, il fut transféré à Berlin comme "gratte-papier". La propagande battait son plein, des croix gammées étaient présentes partout. Il y avait des sortes usines où étaient conçus des bébés blonds, de race aryenne pure. Puis Pierre Seel fût envoyé, au printemps 1943, en Poméranie, à environ cent cinquante kilomètres au nord de Berlin. Il se retrouva dans un parc immense, avec des maisonnettes isolées destinées aux couples aryens. C'est lors du discours d'accueil qu'il comprend il était témoin d'un des programmes à long terme du Reich, celui ci qui voulait en finir avec le mariage et la famille en créant un lien direct entre la procréation et le nazisme. Comme l'idéologie de Hitler devait devenir éternelle, il s'agissait dans ces lieux paradisiaques de concevoir de beaux enfants conformes aux critères raciaux du III° Reich, sélectionnés parmi les étalons d'une belle jeunesse fière de sa mission de procréation anonyme. A l'écart, dans le parc, une clinique d'accouchement et une crèche recueillait le fruit de ces amours programmés. C'était une procréation quasi-animale, la propagande avait fait son oeuvre... car les couples, envesti d'une mission sacrée, n'aspiraient qu'à donner un enfant au Führer. Himmler en était le concepteur fervent. Nous voyons par cela l'importance pour les autorités de reconstruire une race pure et nombreuse. Il y avait même des kidnappeurs en villee qui recherchaient toutes les jeunes têtes blondes. Il revint à Berlin au bout de quelques jours, sans explications sur le but de son séjour. Peu après, il fût muté à la Reichsbank de Berlin, car il savait lire et compter. Il fût rattaché à une équipe qui consistait à échanger les deutsche Mark en drachmes dans les trains, selon la destination.
Le 20 juillet 1944, Hitler échappe à un attentat à Rastenburg. La propagande fit fureur : on avait voulu tuer le Führer... Alors brutalement, Pierre Seel fût envoyé dans un casernement berlinois. Sans spécialité, il eu droit à un entraînement intensif. "La terreur était complète. Les bombardements alliés redoublaient, les tracts pleuvaient... Mais les Berlinois, stoïques, semblaient rester encore majoritairement confiant en leur chef. Tapis dans des constructions militaires souterraines, nous eûmes mission de venir en aide aux civils qui subirent comme nous quarante jours de bombardements consécutifs, nuit et jour. [...] Le rêve du grand Reich se fissurait de partout. Hitler avait perdu la bataille de Stalingrard, les alliés étaient a Rome, le débarquement de Normandie venait d'avoir lieu avec une percée décisive à Avraches, et le débarquement en Provence par de Lattre de Tassigny était imminent. Paris n'allait pas tarder à être libéré. Dans un désordre qui commençait à se généraliser, un semblant de compagnie fut constitué. Ce coup-ci, j'étais bon pour le front russe car l'offensive des Soviétiques piétinait encore sur la rive Est de la Vistule." Pour avoir laisser s'enfuir le cheval de l'officier, Pierre Seel et un jeune alsacien furent envoyés en poste avancé près des lignes Soviétiques. Son ami fût tué d'une balle et lui resta trois jours avec ce mort, attendant qu'on vienne le chercher. Un soir, il surpris son officier écoutant Radio-Londres, ce qui était formellement interdit ! La situation du Reich était désespéré, c'est pourquoi ils décidèrent de s'enfuir. Son officier fût tué quelques jours plus tard, alors Pierre Seel, déserteur solitaire, prit ses papiers comme convenu. Il trouva une petite ferme abandonnée où il reprit des forces. Il décida que si c'était des allemands qui le découvraient, il sera allemand tentant d'échapper aux russes; et si c'était des russes, il serai français évadé d'un camp. Il se rendit au village au bout de deux jours, et tomba sur des russes. Après un interrogatoire, il fût accepté en tant que français et non comme espion. C'est alors que sa vie prit un autre tournant. Il fût protégé et nourris. Il apprit par leur compagnie que la France était libérée. Il espérait un retour rapide en France. Mais ce n'est que plusieurs mois plus tard qu'il parti en direction des autorités françaises: il allait être rapatrié mais mille kilomètres le séparaient encore de son pays natal et de sa famille à qui il n'a jamais cessé de penser. Son retour s'effectua par Odessa et la mer Noire, en train. Beaucoup moururent, complètement épuisé par les souffrances, la chaleur de l'été et les maladies. Le pharmacien de Mulhouse, rencontré par hasard, lui rappela son identité alors oublié, ce qui lui permit de faire savoir à sa famille qu'il était toujours en vie. Il fût désigné par les autorités pour faire régner l'ordre dans le campement. Il était charger de veiller à l'hygiène collective et de régler les querelles. La Croix-Rouge débusqua des membres de la Ligue des Volontaires français grâce à un tatouage de leur groupe sanguin sous un bras en cas de blessures, pour les transfusions sanguines. Seulement voilà, il n'y avait plus de bateaux pour les rapatriés. Ils durent alors, grande troupe, prendre un train par la Roumanie, l'Allemagne, les Pays-Bas puis la Belgique. Encore mille kilomètres dans l'autre sens. Certains moururent à nouveaux au cours du transfert. Les contrôles étaient de plus en plus sévères, et les arrestations bien nombreuses. Il arriva enfin à Paris le 7 août 1945 et dût faire une mise a jour de ses papiers, on lui remit une carte de rapatrié. Mais le retour à la maison était encore loin car les autorités avant besoin de secrétaire afin d'enregistrer les rapatriés et démasquer les fugitifs et leur faux papiers; Pierre Seel fût désigné parmi d'autres. Il rentra en Alsace avec les tous derniers. "A la gare de Mulhouse, la presse nous attendait. Je répondis à leurs questions de façon très laconique. Car, dans mon cas, il n'était pas question de tout dire. Je commençais déjà à censurer mes souvenirs et je réalisais qu'en dépit de mes attentes, en dépit de tout ce que j'avais imaginé, de l'émotion du retour tant espéré, la vrai Libération, c'était pour les autres."

mardi 2 janvier 2007

Un témoignage douloureux


De retour dans sa famille, Pierre Seel est accueilli avec beaucoup d’amour, tous les frères sont miraculeusement réunis, mais son homosexualité n’est plus abordée, sur ordre du père .Pierre Seel reste enfermé avec son secret. Sa mère tombe malade, et une nouvelle complicité s’établie entre eux. Elle est sur son lit de mort, et Pierre Seel lui parle pour la 1ère fois de son histoire et raconte tout. Le décès de celle-ci enferme son secret dans la tombe. Il se marie, tente d’avoir une vie « normale, mais son couple et sa vie de famille sont un échec. Après la rupture avec sa femme, il est pris d’un désespoir suicidaire incontrôlable et se met à boire. Son malaise psychologique disparaîtra lors de son témoignage lorsqu’il se délivrera de son secret.
le 27 mai 1981, un débat est organisé a Toulouse concernant la déportation des homosexuels par les nazis. Pierre Seel a 58 ans, a un travail depuis 12 ans et tente de se réconcilier une nouvelle fois avec sa femme, il ne souhaite donc pas se faire remarquer. Deux journalistes sont présents, M. Joecker et Combettes, et présentent le dernier livre de leur maison d’édition, « Les hommes au triangle rose », journal d’un déporté homosexuel autrichien. Pendant la lecture d’un extrait, Pierre Seel voit ses souvenirs remonter, à l’évocation des mêmes souffrances subies par l’autrichien. Il a besoin de dire qu’il a vécu des choses semblables en France, mais tient à son anonymat. A la fin du débat, il va voir Joecker et lui raconte ce qu’il a vécu. Ce dernier l’encourage à témoigner et ils conviennent d’un rendez-vous le lendemain. Pierre Seel raconte tout, pour la première fois depuis la mort de sa mère. Son interview sera publiée dans un numéro spécial d’un magazine sur la pièce de théâtre « Bent », inspirée du livre du déporté australien, Heger.
Cette interview est le point de départ pour la suite. Il veut encore témoigner, pour briser le silence. Un tissu associatif s’est crée autour des homosexuels, les nouvelles générations sont plus libres, mais il ne peut plus rencontrer personne, son physique jouant contre lui. Il fréquente un an a Toulon l’association David et Jonathan et leur raconte la déportation et les nazis. Enfin, un soir, tout change. Lorsqu’il entend l’évêque de Strasbourg dire qu’il considère les homosexuels comme des infirmes, et respecte cette infirmité mais n’accepte pas qu’il veuillent considérer leur infirmité en santé.
Pierre Seel est indigné et décide d’écrire une lettre pour protester contre cette déclaration infamante. Après maints brouillons, il finit par envoyer sa missive le 18 novembre 1982, en même temps à sa famille, aux médias, à la presse homosexuelle et bien sur à l’évêque. Sa lettre fut lu lors du procès de l’évêque, qui n’aboutit à aucune réparation car à l’époque, la loi ne retenait pas l’homophobie.
Cela permit cependant à Pierre Seel de se délivrer de son secret, et il décide alors de mener des démarches, pour faire reconnaître sa déportation pour cause d’homosexualité. Elles se révèlent infructueuses, car le terme d’« homosexualité » annulait celui de « déportation ». 10 ans après, il n’obtient toujours pas réparation, mais il multiplie les apparitions médiatiques, sans grand succès.
Il s’inscrit à SOS racisme, et raconte un jour son histoire, Un voyage en Alsace est décidé le 9 avril 1989. Or en arrivant sur place il découvre que le camp de Schirmeck a été détruit et qu’à sa place se trouvent des lotissements fraîchement construits. Seul subsiste le portail de l’entrée du camp qui « orne » celle de la mairie, et à côté une plaque rappelant le carnage nazi. On apprend que Karl Buck, responsable du camp, ne fut jamais arrêté, et mourut paisiblement après 22 ans de retraite. Cependant, à Struthof, le responsable fut jugé eu procès de Nuremberg, et il reste plusieurs endroits permettant le recueillement. Quelques baraquements, une exposition et enfin le four crématoire et sa cheminée. Pierre Seel est fortement ému et marqué par cette visite. Pendant les cérémonies officielles de reconnaissance, les associations homosexuelles doivent attendre la fin de la cérémonie pour pouvoir honorer leurs morts, et de nombreux incidents éclatent dans plusieurs villes, comme lors du piétinement de la gerbe des déportés homosexuels, et les propos homophobes criés à travers la foule.
En juillet 1990, un décret sort déclarant que les déportés homosexuels peuvent avoir droit de réparation. Pierre Seel commence donc des démarches administratives mais celles-ci demandent le témoignage de 2 témoins oculaires. Il devient de plus en plus désespéré, de par la folie bureaucratique des administration, car l’incohérence de cette demande impossible à réaliser est flagrante.

Pierre Seel aura consacré les dernières années de sa vie à se battre pour faire savoir la déportation homosexuelle, en quête d’une simple reconnaissance du grand public, pour que l’on cesse de considérer les homosexuels comme des malades ou des dégénérés, pouvoir enfin finir son existence sans être poursuivi par ses cauchemars, et terminer sa vie en paix, seul avec le souvenir de son amour. "Quand la rage me visite, je prends mon chapeau et mon manteau, et je m'en vais, de dépit, marcher dans les rues. Je m'imagine me promenant dans des cimetières qui n'existent pas, les cimetières de tous ces disparus qui dérangent si peu la conscience des gens. Et j'ai envie de hurler. Quand pourrai-je faire reconnaître ma déportation ? Quand pourrai-je faire reconnaître la déportation des homosexuels par les nazis ? Dans mon HLM comme dans mon quartier, nombreux sont ceux qui me saluent, qui prennent gentiment de mes nouvelles et s'informent de l'avancement de mes démarches. Je leur en sais gré, et j'aime cette fraternité. Mais que puis-je leur répondre ?
Quand j'ai fini d'errer, je m'en retourne dans ma cuisine quand je suis seul. Cette flamme fragile est le souvenir de Jo..."